Critique de Hombre Lobo
Mark Oliver Everett aka « E » nous revient plus barbu que jamais, façon ZZ Top, et nous offre son 7ème album de Eels intitulé malicieusement « Hombre Lobo« .
Et pour le coup, on rompt complètement avec le très spirituel « Blinking lights and others revelations » de 2005 pour revenir à un album plus péchu et plus accessible, si tant est que Eels devienne « accessible » un jour…
Comme beaucoup de fans, je dois avouer que j’attendais ce nouvel opus avec impatience car je me demandais vers quoi Eels s’était tourné ce coup-ci. Il est vrai qu’on avait déjà eu un bon aperçu avec le clip de « Fresh Blood » et quelques vidéos teasers, mais pour moi on ne peut se faire une idée qu’en ayant l’album entre les mains (une expression qui tend malheureusement à se raréfier…) !
Quel petit trésor « E » nous a donc concocté ?
Pour les connaisseurs, vous pourrez situer ce nouvel opus entre « Shootenanny ! » et « Souljacker » sur pas mal de morceaux. On retrouve par exemple le son saturé de ce dernier dès que les titres commencent à s’énerver, ou encore les mélodies facilement appréhendables qui rendaient le premier plus populaire.
Pour les ignorants, … commencez par écouter Eels sur Deezer, lisez ça, et allez sur le site officiel.
« E » raconte que pour écrire cet album, il s’est intéressé au garçon dont il parlait déjà dans « Dog Faced Boy » en se demandant « Que fera-t-il quand il aura grandit ? Car même s’il essaie de s’insérer dans la société, il sera toujours un animal au fond de lui« . « Hombre Lobo » parle donc de l’évolution de ce personnage, son histoire, ses envies et ses désirs.
Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’album se construit essentiellement sur une alternance de titres nerveux et de titres calmes. Un schéma qui pourrait bien représenter la dualité des sentiments exprimés par « E » et une certaine schizophrénie (ouai je vais loin là !).
« Prizefighter » commence donc dans le premier style, c’est à dire, tout en puissance. Un accord, un cri de loup, et voilà que l’on se plaît à découvrir ce qui est certainement le meilleur titre de ce nouvel effort. Tout y est : le rythme, la mélodie rock affinée d’airs bluesy, le tout strié par un son saturé et « dégueu », mais qui fonctionne à merveille ! Les cris de « E » crachent dans les écouteurs, et c’est une chose que peu d’artistes savent employer à bon escient.
Malheureusement, (eh oui déjà), je dois dire que le reste m’a laissé un peu plus perplexe. Bon j’exagère c’est vrai. Pour le coup, « Fresh Blood » reste vraiment bizarre comme titre, et il me plait de plus en plus. La ligne de basse continue donne un ton particulièrement pesant, la batterie aussi, et les cris perçants de « E » font le reste.
En fait, là où je suis déçu c’est avec des titres comme « That Look You Gave That Guy« , « In My Dreams« , « My Timing Is Off » qui se ressemblent comme 2 gouttes d’eau. Ce sont de bons morceaux, simples, et qui s’écoutent bien, mais on sait que Eels peut en sortir des dizaines des comme ça (la preuve en voilà déjà 3 lol), donc bon… »The Longing » aussi, mais ce morceau là a au moins l’avantage de rappeler l’ambiance étrange et intemporelle qu’on avait dans « Flyswatter » par exemple.
J’avoue c’est uniquement pour ça que je parlait de perplexité
D’autant que je me suis très vite attaché à la fabuleuse comptine « All The Beautiful Things« . Une mélodie digne de « Daisies Of The Galaxies » avec toute la candeur que cela implique mais qui fait son effet. Un morceau vraiment touchant.
Après, « Lilac Breeze« , « Tremendous Dynamite » (qui porte bien son nom) ou « What’s A Fella Gotta Do » façonnent très bien la partie agitée de l’album, mais je me passerais de commentaire sur » Beginners Luck » au ton très ….californien…Je pense que c’est une blague ce titre, c’est pas possible !
Le final « Ordinary Men« , qui peut paraitre banal au premier abord, s’avère être un morceau d’une tendresse dont seul « E » a le secret et qui vous fera bader pour peu que vous mettiez ça dans un moment de solitude.
Après un bon nombre d’écoutes pendant que je bossais en stage, je me dis que cet album demeure plus conventionnel, dans le sens où « Blinking… » était vraiment hors d’atteinte pour des gens qui ne connaissent pas Eels. Mais ici, les morceaux restent tout de même abordables par tous celles et ceux qui souhaitent découvrir le groupe.
En somme, « Hombre Lobo » est un bon album qui n’a pas grand chose a envier à ses prédécesseurs, si ce n’est un peu plus d’originalité à certains moments. Oui ça me fait mal de dire ça en parlant de Eels, ce groupe tellement hors norme, qui se plait à suivre sa voie, et pas celle que réclame forcement le public, qui vogue sur un terrain insolite et imprévisible depuis tant d’années…. Un bon album, où Eels inscrit à la fois la délicatesse et la violence de ses émotions.
Pour conclure, voici la prestation de Eels au « Late Show » de David Letterman avec le titre « In My Dreams« . Rien de transcendant malheureusement, mais on se laisse tout de même facilement porter la musique.


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