Critique de Controlling Crowds – Archive
Je dois avouer que j’ai bien pris mon temps avant de commencer à critiquer ce nouvel opus d’Archive.
Tout d’abord parce que, comme pour tout nouvel album, il a fallu l’écouter plusieurs fois pour bien rentrer dedans et en sortir quelque chose d’un tantinet pertinent, en tout cas plus qu’un simple et vulgaire : » ‘tain, ‘l’est terrible ct’ album, je kiff trop » ! Mais aussi parce qu’ici, il ne s’agit pas de n’importe quel groupe !
Archive. Plus qu’un groupe, un collectif anglais qui en impose par son originalité, parfois même son « avant-gardisme », depuis plus de 10 ans !
J’avais déjà pas mal parlé d’eux auparavant sur BMD car ils avaient fait une sorte de buzz sur leur site web en dévoilant petit à petit certaines pièces de Controlling Crowds. Et déjà, une chose était sûre : ce 6ème album serait sombre !
Bon, je vous passe les détails de réception du colis Fnac (la bave aux lèvres, les pupilles dilatées, les mains qui arrachent sauvagement l’emballage du cd parce que comme par hasard il n’y a pas d’ouverture facile ! …bref ce genre de subtilités…), et a peine le premier titre se lance-t-il que l’impression ressentie sur le web se confirme !
Un orgue très délicat nous souffle une fine mélodie, appuyée d’un riff répétitif au synthé… et en quelques secondes seulement, les magiciens Darius Keeler et Danny Griffiths posent déjà les bases de l’album : une atmosphère froide et résonante, emplie d’une énergie transcendante. Le groupe nous rappelle très vite qu’il fait aussi parti des dignes chefs de file du mouvement trip-hop avec un beat et une mélodie beaucoup plus electro qui assure toute la suite du morceau.
Et au bout de 10min, au fur et à mesure des écoutes, je peux vous assurer qu’il vous sera difficile d’éviter de hocher la tête machinalement !
En continuant à écouter l’album on se dit très vite que cela pourrait parfaitement convenir pour un thriller d’épouvante (un bon film d’horreur bien sûr, pas le genre de truc avec une tafiolle et un poignard !).
J’avais déjà évoqué le propos dans des articles passés, mais je le redis tellement c’est vrai ! Pour dire, je pense qu’on placerai le glacial « Tubullar Bells » de Mike Oldfiled au sein de Controlling Crowds, ça passerai tout seul ! C’est d’ailleurs avec des titres comme « Bullets » ou « Dangervisit » que le groupe nous plonge dans ce cadre si obscur. Si bien que je me vois pas trop lancer l’album en pleine journée ! J’ai du l’écouter une fois par jour toute ma semaine de vacances, et à chaque fois il était près de minuit. C’est à ce moment là seulement qu’une réelle alchimie se crée !
Mais là où Archive y met du sien, c’est en jouant sur le côté progressif des morceaux. Ainsi, ça commence sur un air de : « la dépression s’annonce » qui évolue vers un « la dépression est là bordel tu m’entends !!!! » avec la batterie bien mise en avant et les synthé qui vrombissent sourdement.
Bien sûr, ce côté angoissant n’est qu’une partie des impressions que l’on peut ressentir en écoutant l’album. Car, il faut le dire, le côté rock ambiant/alternatif reste bien présent avec son lot de sentiments propres, mais en délaissant un peu les guitares. Les synthé/pianos & co sont indéniablement plus mis en avant comparé aux précédents opus tels que « Noise » ou « Lights« .
Si on se penche sur le single « Bullets« , je peux vous dire que je suis tombé très vite amoureux de ce titre. La mélodie est trop enivrante, même si elle fait pas mal penser à celle de « The Rip » du dernier Portishead, mais le chant de Pollard Berrier est absolument hypnotisant ! Et puis, pareil, on se prend vite à lever la main en susurrant « Personal ! Responsibility ! Personal ! Response insanity ! »
Le groupe reste aussi sur les pas de l’opus précédent avec des titres comme « Words on signs » ou « Chaos« , très proches de « Fold » ou « Veins« . Des titres très calmes, dans le style ballade, dégageant beaucoup d’émotion, de façon très épurée. Par contre, là où je fus surpris, c’est lorsque du rap vint titiller mes oreilles ! Le chanteur Rosko John présent sur le premier album « Londinium » a de nouveau rejoint le groupe et se livre a des prestations, ma foi, assez charismatiques, sur « Quiet Time« , « Bastardised Ink » ou « Razed to the ground« .
Le fait est que cela s’incruste parfaitement bien dans le ton ténébreux de l’album ! Vraiment une bonne surprise donc. Maintenant…c’est dommage parce que les 3 titres ne se démarquent pas assez entre eux au niveau instrumental.
Une chose qui m’a fait plaisir aussi, c’est de voir ma chaine-hifi afficher « 78:09 » minutes lorsque le très émouvant « Funeral« , 13ème et dernier titre de l’album, s’est achevé.
Dans un sens, on est habitué avec Archive me dira-t-on, mais c’est vraiment le respect car à l’heure actuelle on ne compte plus les albums qui font limite 30 minutes. Mais cette longueur dessert un peu l’album je trouve. Car on sent quand même qu’au bout de 6 ou 7 titres bien mûrs et bien prenants, le reste a tendance à vite s’essouffler. Sans compter que dans la version collector, 4 titres supplémentaires sont présents sur un cd bonus. Mais pareil, c’est un peu du remplissage :s
Attention : ça reste du bon Archive, pour sur, mais pas de là à exciter le palpitant comme avec un bon « Again » ou autre. A voir donc après avoir écouté les titres des dizaines et des dizaines de fois
Évidemment, Maria Q offre sa mélancolie habituelle sur plusieurs titres, comme elle sait si bien le faire. « Collapse/Collide » est d’ailleurs un autre pilier de Controlling Crowds. La façon dont grimpe le son au fur et à mesure est impressionnante et témoigne bien du savoir-faire du groupe.
Petit coup de cœur tout de même pour la chanson bonus « Day That You Go« . Un titre très doux, mais d’une passion vraiment troublante.
En somme, l’album plaira certainement aux fans du groupe, surtout vu la façon dont ce dernier a réussi à orienter sa marque de fabrique de façon originale. Par contre, c’est clair que c’est pas l’album à faire écouter en premier à quelqu’un qui ne connait pas Archive.
Controlling Crowds s’avère nettement moins ouvert que ses prédécesseurs. D’ailleurs si le groupe participe a des festivals, je pense que ce dernier opus aura du mal à se faire une place pour captiver les gens qui sont là juste en touriste.
Par contre, j’ai des frissons rien que de penser à l’ambiance que cela va être en salle ! D’ailleurs, j’en profite pour dire à ceux qui ne seraient pas au courant, qu’Archive passe au Zénith de Paris, le 10 octobre prochain ! Pour le reste des dates de la tournée, cliquez ici.
Controlling Crowds ne va certainement pas faire l’unanimité, mais c’est une œuvre qui possède une identité propre, et une âme bien à elle. On saluera également l’artwork de l’album qui illustre plutôt bien le mystère, l’aspect chaotique, abstrait, et sinistre qui entoure ce dernier.











J’ai déjà adoré le visuel qui entourre cet album mais quand j’ai pu l’écouter , j’en suis tombé amoureux ! Je suis grand fan d’Archive mais c’est vrai que cet album est plus « fermé » que les autres. J’attend la suite avec bonheur ! !
Très beau compte rendu , bravo !